Prédication de Martin Luther King

Prédication sur Luc 12, 13-21 de Martin Luther King à l’Eglise baptiste de Mont Pisgah, Chicago, le 27 août 1967

Extrait du Bulletin du Centre protestant d’Etudes, sept. 1988 Traduction de Janine Philibert

...Eh bien, cela nous montre que nous avons encore un long, très long chemin à parcourir. Et je vais encore avoir besoin de vos prières et de votre soutien. Parce que la période devant laquelle nous nous trouvons maintenant est plus difficile encore que celles que nous avons vécues dans le passé. Mais ce matin je ne suis pas venu à Pisgah pour y faire un discours sur les Droits civiques. J’en fais très souvent ; je fais d’innombrables discours sur les Droits civiques. Mais avant de devenir leader des Droits civiques, j’étais prédicateur de l’Evangile. C’était ma première vocation et cela reste mon engagement fondamental. Vous savez, tout ce que je fais dans le domaine des Droits civiques, je le considère en réalité comme faisant partie de mon ministère.

Je n’ai pas d’autre ambition dans la vie que d’exercer aussi bien que possible le ministère chrétien. Je n’ai pas l’intention de briguer la moindre responsabilité politique. Tout ce que j’ai l’intention de faire, c’est de rester prédicateur. Et ce que je fais avec beaucoup d’autres dans ce combat provient de ma conviction qu’un prédicateur doit avoir le souci de l’être humain tout entier. Pas seulement de son âme, mais de son corps. C’est très bien de parler du ciel. Mais il faut parler de la terre. C’est très bien de parler des longues robes blanches que nous revêtirons là-haut, mais je veux avoir de quoi m’habiller et me chausser dés ici-bas. C’est très bien de parler du pays où coule le lait et le miel, au ciel, mais ici-bas je veux avoir à manger. C’est même très bien de parler de la nouvelle Jérusalem, mais il va falloir un de ces jours nous mettre à parler de la nouvelle Chicago, de la nouvelle Atlanta, de la nouvelle New-York, de la nouvelle Amérique. Toute religion qui proclame son souci des âmes, mais ne se soucie pas des taudis qui dégradent les âmes, des conditions économiques qui les paralysent et des autorités locales qui peuvent les perdre, est une religion stérile et morte, une religion bonne à rien qui a besoin de sang neuf.

Evangile de Luc, chapitres 12 et 13 ...En dernier lieu, cet homme a été insensé de n’avoir pas pris conscience de sa dépendance par rapport à Dieu. Avez-vous remarqué qu’il parle comme s’il pouvait ordonner le rythme des saisons ? Comme s’il pouvait faire pleuvoir sur le sol pour le rendre fertile ? Comme s’il avait le pouvoir de faire tomber la rosée ? Il était fou, car il a fini par agir comme s’il était le Créateur et non une créature.

Mais la folie de cet homme, elle sévit encore aujourd’hui. En fait, les choses en sont venues à un point tel que certains aujourd’hui parlent même de la mort de Dieu ! Moi, ce qui me préoccupe, c’est qu’on ne m’en a même pas informé ! J’aurais aimé au moins assister aux funérailles de Dieu ! Alors, je voudrais bien leur poser une question, à ces gens-là : quel officier de police a constaté le décès ? Combien de temps a-t-il été malade ? A-t-il succombé à un infarctus, ou est-il mort d’un cancer ? Ces questions, personne ne leur a donné de réponse. Je continue donc à croire et je sais que Dieu est vivant. Tant qu’il y a la justice, Dieu est vivant.

Certes, il y a certaines conceptions de Dieu qui doivent mourir. Mais pas Dieu. Dieu est le nom suprême de la vie. Il n’est pas un adjectif, il est le sujet suprême de la vie. Il n’est pas verbe, il est la clause suprême, indépendante, et non une clause dépendante. Toutes choses dépendent de lui, mais lui-même ne dépend de rien. Un jour que Moïse se trouvait aux prises avec cette question, Dieu l’envoya déclarer à son peuple : « Je suis t’envoie » ; Moïse, perplexe, lui rétorqua : « Que dois-je donc dire au peuple ? » Dieu répondit : « Va, et dis­ leur que je suis t’a envoyé. Et si tu as besoin d’un peu plus d’information, fais-leur savoir que mon seul nom est je suis celui que je suis »

Dieu, cet être unique dans l’univers, peut seul dire : « Je suis » et s’arrêter là. Chaque fois que moi, je dis « je suis », je dois ajouter « Je suis à cause de... » : à cause de mes parents, à cause de mon milieu, à cause de mon hérédité ; et chacun d’entre vous doit ce qu’il est à cause que quelque chose. Mais Dieu, la vie, l’instant suprême.

Dieu, la puissance qui tient l’univers entier dans la paume de sa main, est le seul être qui peut dire « Je suis », un point c’est tout. Et ne jamais y revenir. Ne soyez pas assez fous pour l’oublier ! Vous savez, beaucoup de gens oublient Dieu. Ils ne le font pas systématiquement, comme certains l’ont fait à travers leurs théories, ou à travers cette théologie de la mort de Dieu, mais ils se laissent prendre simplement par d’autres choses.

Tant de gens se laissent prendre par leurs comptes en banque ou leurs voitures coûteuses qu’inconsciemment ils en oublient Dieu. Tant de gens en viennent à être si éblouis par les lumières de la ville allumées par la main de l’homme qu’ils en oublient la grande lumière cosmique qui se lève chaque matin à l’est et, telle une princesse se promenant dans son palais, s’avance majestueusement dans le bleu du ciel en y peignant tout en technicolor. Voilà une lumière que l’homme n’aurait jamais pu faire ! D’autres personnes sont tellement occupées à contempler les gratte-ciels des grandes villes qu’ils en oublient de penser aux montagnes qui embrassent le ciel comme pour baigner leurs sommets dans le bleu altier. Cela non plus, l’homme n’a jamais pu le faire !

8 Exode 3, 14. D’autres encore - et ils sont nombreux ! - s’intéressent tellement à la télévision et aux radars, qu’ils en oublient de penser aux magnifiques étoiles qui ornent les cieux, telles des lanternes suspendues là pour l’éternité, telles des broches d’argent piquées dans l’admirable coussin bleu du ciel. Encore quelque chose que l’homme n’aurait jamais pu créer. Tant de gens, en définitive, en sont arrivés à s’imaginer que par leurs propres efforts ils vont pouvoir faire advenir un monde nouveau, oubliant que la terre appartient au Seigneur, et toute sa plénitude. Alors ils finissent par aller et venir indéfiniment sans Dieu.

Mais ce matin je vous le dis, mes amis : il est impossible d’en finir avec lui. Tout notre savoir moderne n’ôtera pas un iota à l’être de Dieu ; et de même, le microcosme atomique ou l’immensité des espaces interstellaires, de l’espace intersidéral, ne pourront jamais le rendre insignifiant. L’homme moderne a beau vivre dans un univers dont on calcule les distances en années-lumière, dont les étoiles sont à des milliards de kilomètres de la terre, et que les planètes sillonnent à des vitesses incroyables, il ne peut que s’écrier avec le Psalmiste : « Quand je vois les cieux, œuvre de tes mains, et tout ce que tu as créé, qu’est-ce donc que l’homme pour que tu penses à lui et le fils de l’homme pour que tu te souviennes de lui ? » 9 Dieu est toujours là. Un de ces Jours, vous allez avoir besoin de lui. Les problèmes de la vie vont se mettre à vous submerger, et les déceptions à déferler comme un raz de marée à votre porte ; si vous n’avez pas une foi profonde et patiente, vous n’arriverez pas à vous en sortir...

...Si vous croyez cela, si vous le savez, vous n’aurez plus jamais à marcher dans les ténèbres. Ne soyez pas insensés. Ne sois pas fou ! Reconnais plutôt que tu es dépendant de Dieu. Quand les jours deviennent sombres et les nuit lugubres, dis-toi bien qu’il y a là-haut un Dieu qui règne. Ainsi, je ne m’inquiète pas pour demain. Je suis parfois las et fatigué, le futur m’apparaît difficile et troublé, mais je ne suis pas fondamentalement inquiet, parce que j’ai foi en Dieu. Il y a bien des siècles, Jérémie posait cette question : « N’y a-t-il pas de baume en Galaad, pas de médecin là-bas ?’ Il s’interrogeait, parce qu’il voyait si souvent souffrir les hommes justes et bons, et prospérer les méchants. Longtemps après, nos arrières grands-parents esclaves eurent à leur tour à affronter les injustices de la vie : jour après jour, rien d’autre n’apparaissait à l’horizon, que le fouet en cuir du surveillant, les longues rangées de cotonniers dans la chaleur étouffante ; mais ils firent une chose étonnante : se reportant des siècles en arrière, ils se saisirent du point d’interrogation de Jérémie et en firent un point d’exclamation. Alors ils purent chanter : « Il y a un baume en Galaad pour guérir les blessés ! Il y a un baume en Galaad pour guérir l’âme malade du péché !

Pasteur Martin LUTHER KING

Texte intégral : http://martin-luther-king.protestan...

 

 

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